Entretien réalisé par Samia Boulahlib
En marge de la 4e Foire commerciale intra-africaine (IATF-2025), prévue à Alger du 4 au 10 septembre, l’ambassadeur de la République-Unie de Tanzanie en Algérie, S.E. Iman S. Njalikai, a livré à El Moudjahid une vision stratégique de la coopération bilatérale et continentale. Soulignant l’ancrage historique des relations entre la Tanzanie et l'Algérie, depuis les années 1960, il a mis en avant la volonté commune de transformer l’excellence politique en retombées économiques concrètes, à travers le lancement du Conseil d’affaires conjoint et la mise en œuvre des objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
Des secteurs-clés; Énergie, mines, agriculture, tourisme, économie bleue, infrastructures, industrie manufacturière et technologies numériques sont identifiés comme leviers prioritaires pour intensifier les échanges et attirer les investissements. Forte d’une position géostratégique sur la façade orientale de l’Afrique et d’infrastructures modernes, la Tanzanie se présente comme une porte d’accès vers l’Afrique de l’Est, centrale et australe, tout en plaidant pour une intégration économique africaine tournée vers la transformation locale, la création de valeur et la prospérité partagée.
El Moudjahid : Quels sont les secteurs prioritaires que la Tanzanie souhaite mettre en avant lors de cette 4e édition de la Foire commerciale intra-africaine à Alger ?
Iman S. Njalikai : Dans l’intérêt de la République-Unie de Tanzanie, il s’agit de poursuivre le renforcement de l’intégration régionale afin de stimuler le commerce intra et interrégional de biens et de services, tout en encourageant la libre circulation des personnes, des biens et des capitaux, conformément aux objectifs de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf).
À ce titre, la Tanzanie sera présente et entend tirer pleinement parti de la prochaine 4ème édition de la Foire commerciale intra-africaine, prévue à Alger, qui rassemblera des acteurs continentaux et internationaux afin d’explorer les opportunités d’affaires et d’investissements en Afrique.
Notre pays est prêt à partager des informations sur le commerce, l’investissement et les marchés, couvrant un large éventail de secteurs : pétrole et gaz, produits pharmaceutiques et médicaux, tourisme, agriculture, économie bleue, infrastructures, mines, industrie automobile, filières coton et textile, production de sucre, élevage et industrie du cuir, ainsi que les technologies de l’information et de la communication. L’ambassade de Tanzanie en Algérie demeure engagée et déterminée à rapprocher les représentants du secteur public et de la communauté d’affaires tanzanienne de leurs homologues lors de l’IATF-2025, afin d’élargir les échanges commerciaux et de renforcer le développement du secteur privé national.
Quelles sont, selon vous, les principales opportunités de coopération économique entre la Tanzanie et l’Algérie, qui pourraient émerger à l’occasion de cette Foire ?
Il convient de rappeler que la Tanzanie et l’Algérie entretiennent des relations historiques de longue date, remontant aux années 1960, à l’époque des mouvements de libération africaine. Au fil des années, la coopération entre la Tanzanie et l’Algérie a donné de bons résultats.
Par exemple, en août 2023, lors de la 5ème session de la Commission mixte de coopération, les deux parties ont réaffirmé leur volonté de consolider la collaboration, tant au niveau des secteurs public que privé. À cette occasion, la Tanzanie et l’Algérie ont signé l’Accord établissant un Conseil d’affaires conjoint Tanzanie-Algérie, une initiative proactive visant à promouvoir les synergies entre les communautés d’affaires des deux pays afin de faciliter les échanges commerciaux.
Le Conseil d’affaires conjoint Tanzanie-Algérie offre d’énormes opportunités aux deux pays pour renforcer leur coopération économique. Les entreprises algériennes et tanzaniennes devraient donc profiter de l’IATF 2025 pour lancer officiellement ce Conseil afin de redynamiser les relations commerciales et d’investissement.
L’ambassade estime que la création de ce Conseil d’affaires conjoint permettra d’instaurer un engagement fort et de saisir l’occasion de transformer les excellentes relations politiques en retombées économiques concrètes.
Comment la Tanzanie envisage-t-elle de tirer pleinement profit de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) pour accroître ses échanges commerciaux intra-africains, en particulier avec l’Algérie ?
En effet, la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) revêt une importance capitale pour l’ensemble du Continent et pour la Tanzanie en particulier. La Zlecaf nous offre une plateforme unique pour explorer des domaines d’intérêt commun dans des secteurs économiques cruciaux, tels que l’exportation et le commerce, l’agriculture, les industries agroalimentaires, le tourisme, la technologie et la numérisation, les énergies renouvelables, la construction, la santé et les produits pharmaceutiques, la finance, les transports et les zones économiques franches.
Ainsi, il est dans l’intérêt de la République-Unie de Tanzanie de continuer à promouvoir le régionalisme à travers la mise en œuvre de la Zlecaf afin de favoriser l’intégration africaine en aidant les pays à capitaliser sur leurs avantages comparatifs et à améliorer leur efficacité industrielle.
Cela permettra d’accroître le commerce intra-africain et, par conséquent, de servir de catalyseur pour une intégration plus poussée dans l’économie mondiale. De plus, pour la Tanzanie, la Zlecaf constitue une plateforme essentielle pour établir un partenariat solide entre les pays africains et exploiter efficacement les potentiels inexploités du Continent afin de promouvoir le commerce et les investissements pour la prospérité africaine.
Dans ce contexte, la Tanzanie souhaite profiter de l’IATF 2025 pour convaincre les acteurs mondiaux et continentaux, à l’instar de l’Algérie, que notre pays est l’un des États parties à la Zlecaf les plus idéaux avec lesquels s’associer comme porte d’entrée vers le marché africain et au-delà.
La Tanzanie bénéficie, en effet, de la plus longue façade côtière de la région d’Afrique de l’Est et occupe une position géographique stratégique en tant que porte d’accès à l’Afrique de l’Est, centrale et australe via l’Océan indien. En résumé, la Tanzanie est fermement engagée à améliorer l’environnement des affaires afin d’attirer les investisseurs et de stimuler des flux d’exportations durables.
Y a-t-il des projets d’investissement ou de partenariats stratégiques que votre pays souhaiterait conclure en marge de cet événement ?
La Tanzanie a entrepris plusieurs réformes réglementaires afin d’améliorer l’environnement des affaires. Parallèlement, un certain nombre d’infrastructures économiques ont été mises en place, notamment dans les domaines de l’électricité, des chemins de fer à écartement standard et des ports, afin de soutenir le climat des affaires.
Ces efforts s’inscrivent dans l’approche stratégique du gouvernement visant à relever les défis du secteur des affaires et de l’investissement, tout en s’adaptant à l’évolution des dynamiques mondiales dans le domaine commercial.
En ce qui concerne l’IATF-2025, la Tanzanie souhaite utiliser cette plateforme pour promouvoir les investissements et le commerce dans l’agriculture, les industries agroalimentaires, le tourisme, la technologie et la numérisation, les énergies renouvelables, la construction, la santé et les produits pharmaceutiques, la finance, les transports et les zones économiques franches.
Selon vous, quel rôle la Foire intra-africaine peut-elle jouer pour renforcer l’intégration économique et la solidarité entre les pays africains, au-delà des aspects purement commerciaux ?
De nos jours, la vision panafricaine implique la quête d’une Afrique unie, œuvrant pour le progrès économique, social et politique.
À ce titre, la Foire commerciale intra-africaine joue un rôle majeur en offrant une vaste plateforme qui relie un large éventail d’activités échangeables et facilitatrices du commerce, constituant ainsi la pierre angulaire pour atteindre cet objectif.
Il va également de soi que la Foire commerciale intra-africaine 2025 renforce les relations entre les pays africains, tout en encourageant la mise en œuvre de la Zlecaf, créant ainsi un sentiment d’appropriation du développement du Continent en vue de la réalisation de l’Agenda 2063. L’interconnexion commerciale et économique est essentielle dans la quête de paix et de prospérité de l’Afrique.
En d’autres termes, la Foire commerciale intra-africaine devrait jouer un rôle déterminant dans la remise en cause des schémas étroits de commerce, dépendants des produits primaires et caractérisés par de faibles niveaux d’échanges entre pays. Elle devrait être la plateforme qui décourage la production et l’exportation de biens non transformés.
De plus, la Foire commerciale intra-africaine, et en particulier sa 4e édition en 2025, devrait être à l’avant-garde de la production de biens et de services destinés à la consommation africaine, et non l’inverse.
Enfin, l’ambassade de la République-Unie de Tanzanie auprès de la République algérienne démocratique et populaire appelle à poursuivre les efforts des pays africains à travers différents instruments régionaux, tels que la Foire commerciale intra-africaine et la Zone de libre-échange continentale africaine afin de permettre à l’Afrique de mobiliser ses propres potentialités pour promouvoir le commerce et l’investissement au service de la prospérité du Continent.
